Marsile Ficin (1433-1499)

Fils d’un médecin du Val d’Arno, Marsile Ficin naquit le 19 octobre 1433 à Figline. Il est, avec Jean Pic de la Mirandole, le plus grand représentant de cet humanisme florentin qui se trouve à l’origine des grands systèmes de la penséee renaissante puis de la philosophie italienne du dix-septième siècle, celle de Giordano Bruno ou de Campanella par exemple.

Après avoir étudié les textes de Galien, d’Hippocrate, d’Aristote, d’Averroès et d’Avicenne, Ficin fut choisi par Cosme l’Ancien (qu’il appelait lui-même son second père) pour remettre à l’ordre du jour à Florence la tradition platonicienne, qui y avait été introduite par Leonardo Bruni, par Traversari et par les byzantins Bessarion et Pléthon lors du Concile de 1439. Cette tâche fut ensuite augmentée des traductions du Corpus Hermeticum, c’est-à-dire, les écrits du légendaire Hermès Trismégiste, des Ennéades de Plotin et de plusieurs autres textes néoplatoniciens. À la mort de Cosme, Marsile Ficin put continuer son oeuvre de traducteur et de penseur grâce à la protection de son fils Pierre, puis plus tard de son petit-fils Laurent le Magnifique. C’est ainsi que de 1474 à 1497, différentes charges ecclésiatiques lui permirent de se dédier entièrement aux traductions en latin des oeuvres de Plotin, Proclus, Sinesios, Porphyre, Jamblique, Psellos et du Pseudo-Denys. Quant à son oeuvre philosophique, c’est surtout entre 1458 et 1493 qu’elle connut son aboutissement avec le Di Dio et anima, le De Divino furore, le De Voluptate, le De Sole, la Theologia Platonica (un traité systématique sur l’immortalité de l’âme), le De vita libri tres (sur l’hygiène physique et mentale des lettrés). Ce dernier livre est riche de digressions sur la magie et l’astrologie tirées de Plotin, de Porphyre, de l’Asclepius et du Picatrix. Dans l’oeuvre de ce grand humaniste, les nombreux argumenta et commentarii accompagnant ses traductions s’avèrent d’une importance fondamentale, comme il ressort de son commentaire au Timée et au Parménide. Tandis que son De Amore, qui aura une formidable influence sur toute la littérature jusqu’à la fin du dix-neuvième siècle, de Léon Hébreu jusqu’à Shelley, bien qu’inspiré du Banquet de Platon doit être considéré comme une oeuvre pleinement originale. Une autre oeuvre qui a contribué à la renommée de Ficin sont ses Lettres, toutes nourries d’un idéal de sagesse platonicienne, tantôt teintées d’inspiration poétique, tantôt d’ésotérisme et de métaphysique. (Le reprint des Epistole de Marsile Ficin, edition Capcasa, Venise 1495 a été réalisé par la Société Marsile Ficin en 2011).

Il est facile de comprendre comment l’oeuvre de Ficin était destinée  à révolutionner une culture occidentale jusque là à peu près étrangère à la pensée «originale» de Plotin et de Proclus, à l’oeuvre complète de Platon et au Corpus Hermeticum. Ce qui ressort d’ouvrages fort suggestifs comme le De Sole, le De Vita et le De Amore est une pensée ficinienne proposant une vision de l’homme aux fortes affinités cosmiques et magiques, au centre d’une machina mundi animée et hautement spiritualisée le spiritus mundi. La fonction essentielle de l’esprit humain est alors d’accéder, à travers l’illumination imaginative (spiritus) et (phantasia), rationnelle (ratio) et intellectuelle (mens) à l’autoconscience de sa propre immortalité et à la déification de l’homme, en suivant des signes et des symboles cosmiques comparables aux hiéroglyphes universels tirant leur origine du monde céleste. L’action de l’homme, dans tous ses registres : artistique, technique, philosophique et religieux, exprime au fond la présence divine d’une mens infinie dans la nature, à l’intérieur d’une vision cyclique de l’histoire, où réapparaît le mythe du «grand retour» de Platon.

Marsile Ficin mourut le 1er octobre 1499 à Florence, après la chute de Savonarole, tandis que l’Europe s’apprêtait à découvrir à la fois la nouveauté et la portée universelle de sa pensée philosophique grâce à l’impression de ses oeuvres en Italie, en Suisse, en Allemagne et en France.